Révolution technologique : et Aristote créa l’ordinateur

6 septembre 2017

On connait l’histoire de l’informatique à travers celle de la technique et de la théorie de l’information. Elle nous renvoie le plus souvent aux machines à calculer de Pascal, ou encore à celles de Turing ou de Babbage. Mais l’informatique vient de plus loin et doit surtout beaucoup à nos philosophes, nous rappelle Chris Dixon, Venture Capitalist au sein de la société Andreessen Horowitz, dans un article de The Atlantic. Leibniz, Hilbert mais aussi Aristote, sont autant de personnages auxquels l’ordinateur et la pensée moderne sont redevables ! Entre philosophie et arithmétisation du raisonnement mathématique, logique aristotélicienne et rêves de  langage computationnel universel, plongez dans les dessous de la discrétisation et de la théorie des systèmes formels.

Sans vouloir trop simplifier l’analyse de Chris Dixon, disons que son raisonnement est assez logique et revient à dresser une forme d’étiologie du passage du « langage naturel » – ou langage ordinaire – au « langage formel », informatique. Cette histoire commence (ou se termine) par le formalisme algébrique de Leibniz qui a permis l’économie cognitive nécessaire au fonctionnement et au modèle de compréhension des programmes – ce que Bruno Bachimont, ingénieur civil des Mines et docteur en épistémologie de l’École Polytechnique, nomme la « raison computationnelle » – et a été repris plus tard par Hilbert qui a considéré que l’écriture mathématique était purement formelle. Nous sommes ainsi renvoyés à ce qui correspond à la crise des mathématiques (le formalisme aveugle), ou aux théorèmes dits de limitation de Gödel.

Mais nous pouvons encore remonter dans le temps !

Aristote, philosophe et physicien né en -384 av JC, a étudié avec précision la logique de l’esprit humain en se basant sur le raisonnement et l’usage des mots. Son idée ? Viser l’infaillibilité par le bais d’un raisonnement de pure forme. Il a ainsi défini le syllogisme que tout le monde connaît : Tous les hommes sont mortels, Aristote est un homme donc Aristote est mortel. Les mots « tous », « est », « sont » et « donc » définissent la structure logique et peuvent s’appliquer jusqu’aux raisonnements les plus absurdes. Il a complété son analyse en posant des axiomes déterminés comme étant des lois de logique : loi de l’identité (quelque chose est ce qu’il est), loi de non contradiction (aucune déclaration ne peut être à la fois vraie et fausse), loi du milieu exclu (toute déclaration est soit vraie soit fausse).

Boole, en 1847 – tel Descartes qui inventa en 1637 une notation algébrique pour pouvoir mettre en équation les travaux de géométrie d’Euclide (eux-mêmes inspirés des des axiomes d’Aristote) – s’est appuyé sur les travaux d’Aristote pour réfléchir et créer une notation algébrique destinée à modéliser les raisonnements logiques, il le précise lui-même dans le début du 1er Chapitre de son ouvrage The Laws of Thought qui présente ses travaux.

Ce qui restait à inventer reposait sur l’exploitation des travaux de Boole. Et c’est ce qu’a fait Claude E. Shannon en 1938 en appliquant la théorie sur des circuits électriques à base de relais et en démontrant le parfait fonctionnement de la logique. Ces circuits sont devenus ce que l’on appelle des circuits logiques basiques qui ont pu être reproduits à l’aide de simples transistors dont la miniaturisation n’a pas cessé depuis 70 ans. Les circuits logiques ont été assemblés par dizaines puis par milliers pour créer des unités de calcul. Aujourd’hui, les transistors se comptent par milliards dans les processeurs de nos ordinateurs.

Evidemment, Chris Dixon développe plus profondément son raisonnement en exploitant les apports de Turing à la même époque que Shannon qui a réfléchi sur la manière de concevoir des ordinateurs avec un principe de calculateur s’appuyant sur une mémoire et un langage de programmation. Les travaux de Turing reposant sur ceux de Frege qui s’était lui-même inspiré de Boole qui lui-même s’était inspiré d’Aristote… Bref, merci Aristote !

 

La rédaction HOW

par L'ADN

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