Que sait-on vraiment du futur de l’IoT ?

L’internet des objets est aujourd’hui au cœur de toutes les discussions et de toutes les analyses prospectives concernant la prochaine révolution digitale et l’industrie 4.0. Erigé comme un nouveau champ applicatif majeur, il dessine de nouveaux possibles annonciateurs de promesses économiques et technologiques hors du commun. Mais que sait-on réellement de ce futur marché ? Quelles sont les repères-clés à avoir en tête pour mieux se repérer dans cette révolution à venir ? Afin de nous éclairer, Georges Gambarini, Manager Innovation & Fundraising KPMG, a répondu à nos questions.

L’ensemble des études consacrées à l’IoT convergent vers le constat unanime que les perspectives économiques de l’internet des objets s’annoncent d’ores et déjà fastes. Cependant, les prévisions chiffrées avancées diffèrent d’un regard à l’autre. Quelles sont aujourd’hui les données les plus fiables en la matière ?

Ma réponse volontairement provocatrice à cette question légitime et pertinente pourrait être : peu importe. Comme vous le soulignez, les chiffres avancés se basent davantage sur un exercice prospectif dont l’enjeu repose moins sur la justesse que sur ce qu’ils nous enseignent réellement sur l’avenir de l’IoT. Il est objectivement aujourd’hui très difficile – voire impossible – d’obtenir des datas parlantes et robustes sur ce sujet. Le vrai enjeu aujourd’hui est de pouvoir nous repérer, nous en tant qu’acteurs de l’innovation, dans le phasing de cette révolution annoncée.

Si nous recontextualisons cette dernière dans le Hype Cycle de Gartner sur la maturité des technologies, nous nous situons très clairement dans une phase de maturité toute relative qui s’exprime au travers d’un très grand nombre de scénarii d’usage prospectifs. Mais à ce stade, très clairement, les modèles économiques et la maturité de certaines briques technologiques inhérentes à diffusion des usages ne sont pas encore suffisamment stables pour apporter une base solide à ces projections. C’est pour cela qu’il est vraiment ardu de dire avec précision ce que représentera l’IoT sur le plan financier.

Toutefois, mon propos ne consiste pas à dire que l’IoT n’a aucune perspective économique. En fait c’est tout l’inverse car l’IoT est un des piliers pour ne pas dire le pilier de la révolution digitale en cours dite du WEB 3.0. Cette révolution au même titre que celles qui l’ont précédée, Web traditionnel puis Web Social ne manquera pas d’être particulièrement vertueuse sur le plan de la création de valeur économique.

Il va encore se passer un milliard de choses sur ce marché, et c’est le seul vrai enseignement que nous pouvons et devons tirer en 2017.

A défaut de se fonder sur des chiffres précis, est-on capable de prédire comment l’IoT va-t-il s’installer dans le cadre des usages des particuliers et des professionels ? L’IoT de 2017 sera-t-il le même que celui de 2022 ?

Il faut distinguer trois tendances majeures dans cette évolution. Tout d’abord, il est évident que les objets connectés vont se multiplier. Les smartphones, les tablettes, les TV’s, les ordinateurs, sont aujourd’hui les objets connectés les plus présents et les plus avancés dans notre quotidien, mais de nouveaux objets vont faire leur apparition et les dépasseront à terme. On estime que le rapport de force entre les objets connectés traditionnels et les nouveaux objets connectés s’inversera d’ici 2020.

Par ailleurs, il est tout aussi évident qu’ils vont évoluer vers une utilisation toujours plus professionnelle, nourrissant le socle de l’industrie 4.0. La prévision selon laquelle 60 à 70% des objets connectés seront achetés dans cinq ans par des entreprises est tout à fait réaliste et crédible.

Une autre certitude repose sur le fait que les objets connectés, qui sont aujourd’hui en grande partie dédiés au tracking de données, vont devenir de plus en plus autonomes, et de plus en plus intelligents, assurant tout autant de la descente que de la remontée de datas. Il s’interfaceront avec d’autres paradigmes technologiques tels que l’IA ou le machine learning, et deviendront de plus en plus complexes. Cette transition se fera selon plusieurs palliers, d’un stade initial de suivi, garanti par les capteurs et les sources de données externes, en passant par des paliers de contrôle (la couche software contrôlant les fonctionnalités de l’objet, les commandes extérieures étant prises en compte et intégrées) et d’optimisation (les capacités de suivi et de contrôle permettant la création d’algorithmes optimisant le fonctionnement de l’utilisation du produit), pour aboutir à l’arrivée à un stade ultime d’autonomie, combinant suivi, contrôle et optimisation, rendant possible un fonctionnement autonome de l’objet, son fonctionnement auto-coordonné avec d’autres produits et systèmes, une personnalisation et amélioration autonome et un auto-diagnostic.

Concrètement, où utiliserons-nous des objets connectés à l’avenir ?

Tout d’abord, il faut intégrer le fait que l’IoT sera plus qu’un marché, mais davantage un concept, un réseau de réseau multi-usage, multi-marché. On peut à ce titre distinguer cinq verticales d’adoption comprenant différents secteurs et différents application. Elles définissent d’ores et déjà un niveau de criticité des enjeux progressifs de l’IoT, depuis un IoT centré sur l’individu vers un IoT aux usages plus professionnels.

Concrètement donc, partant des personnes, l’IoT continuera de se déployer aux voitures et aux maisons connectées, puis aux villes, puis enfin aux industries, aux transports, à l’énergie, à la santé, aux usines et aux centres de productions. On arrivera alors à l’âge d’un Internet Industriel, induisant une complexité réglementaire, financière et technologique très forte, dernière étape nous amenant vers les nouvelles terres de l’industrie 4.0

Quels sont les modèles économiques, quelles sont les approches marketing que l’on peut tenter d’esquisser en 2017 ?

Il y a aujourd’hui encore beaucoup de porosité et peu de maturité dans les modèles émergents. De manière assez schématique, on peut distinguer une approche BtoB, où la solution est vendue par un offreur à une entreprise qui l’utilise pour ses besoins propres, dans tous les « smart » secteurs (smart city, smart office, smart supply, energy, industry…), une approche BtoC, où le produit est vendu à un consommateur pour un ou plusieurs usages (approche incarnée par la tendance des wearables), et enfin une approche BtoBtoC, où la solution est vendue par un offreur à un professionnel qui l’utilise pour compléter ou valoriser une offre ou un service déjà existant et ainsi mieux répondre aux attentes de l’utilisateur privée (pour le retail, la voiture connectée, le télédiagnostic…)

Ces trois approches sont assez fragiles sur la durée car il est très probable qu’elles soient à terme disruptées, le coeur de la valeur inhérente à l’IoT se déplaçant de l’objet et de l’usage vers la donnée et l’information. Ce glissement de valeur aura forcément un impact significatif sur les tentatives de modélisation marketing et business qui verront le jour durant les prochaines années.

Crédit illustration  :  Anas Riasat – CG Society

 

 

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